vendredi 17 mai 2013

« Oldboy » (2003) : la vengeance dans la peau

Titre original : « Oldeuboi » 

Le pitch : Oh Dae-su (Min-sik Choi) finit au poste de police après une soirée trop alcoolisée. En sortant, il se fait kidnapper par un inconnu qui le retient en captivité pendant 15 ans, puis le libère sans raison. Décidé à se venger, Oh Dae-su part à la recherche de son bourreau. 


Cela faisait bien longtemps que je voulais voir ce grand classique coréen, et la sortie en octobre prochain du remake de Spike Lee m’a poussée à me rattraper. « Oldboy » est adapté d’un manga, et fait partie de la trilogie « vengeance » de Park Chan-wook.

Cinq jours après l’avoir vu, j’ai encore du mal à mettre des mots sur les sentiments contradictoires que provoque ce film : ultra-violent et lyrique, immoral et philosophe, malsain et brillant.

La violence du film se situe davantage dans la psychologie que les images. Il n’y a que peu de sang à l’écran, et tout est dans l’imagination du spectateur, que ce soit des dents arrachées ou une langue coupée. La scène la plus difficile à regarder implique un poulpe avalé vivant. Mais comme chacun le sait, la violence psychologique est beaucoup plus difficile à tolérer : nous avons tous des limites, et « Old boy » atteint les miennes.

Pourtant, « Oldboy » est un film à voir pour tout amateur de tragédie grecque ou shakespearienne. Derrière la couche de violence se cache un film parfois poétique, bercé par des notes de musique classique. Le film ravira également les amateurs de « twists ». Malheureusement, j’avais lu il y a quelques mois un article m’ayant mis sur la piste de la révélation finale, et l'ai vu venir très tôt dans le film. Cela rend certaines scènes encore plus insupportables à regarder.

Je n’en dirai pas beaucoup plus, mais les 15 dernières minutes de film font réfléchir. Les derniers mots prononcés par le méchant rendent d’un seul coup presque acceptables des actes totalement immoraux.

Au final, je recommande « Oldboy » et son scénario ingénieux à ceux qui ont le cœur bien accroché, mais je passerai peut-être mon tour pour le remake de Spike Lee.


mercredi 15 mai 2013

« Gatsby le magnifique » (2013) : Empire State of Mind

Titre original : « The Great Gatsby »

Le pitch : Nick Carraway (Tobey Maguire), suivi pour alcoolisme et dépression, raconte à son médecin comment il a connu Gatsby (Leonardo DiCaprio), son voisin de Long Island, et est entré dans son monde flamboyant.

Malgré des premières critiques défavorables, je suis allée voir « Gatsby » le week-end de sa sortie, et ce pour plusieurs raisons : une longue attente (des « reshoots » ont retardé le film de 6 mois), le matraquage médiatique, un intérêt pour l’univers coloré de Baz Luhrmann, et parce que ce film ne rendra probablement rien sur petit écran.

Sur le fond, je n’attendais pas beaucoup du film. Premier faux pas dès la scène d’ouverture : Luhrmann ajoute une introduction lente et inutile, où Nick Carraway parle à son médecin et raconte son passé. La voix off de la version de 1974 était bien plus efficace. Le reste du film est plutôt fidèle au roman et à la précédente adaptation, avec de nombreux dialogues conservés à l’identique.

« Gatsby » n’a pas beaucoup de substance, mais cela ne surprendra personne. Mon problème avec ce film est davantage dans la forme. Si Lurhmann soigne ses costumes, il abuse d’effets spéciaux grossiers (les manoirs de Long Island, les rues de New York), et n’éblouit que rarement. Seules deux scènes sont réellement flamboyantes : la première sortie de Nick avec Tom à New York sur fond de Kanye West, et la fête démesurée chez Gatsby. Quant à la bande originale, elle ne marquera pas plus que ça les esprits si ce n’est pour une reprise convaincante de « Back to Black » d’Amy Winehouse par Beyoncé et André 3000.

Et pourtant, malgré tous ses défauts, « Gatsby » n'est pas désagréable. Les acteurs remplissent leur contrat (Carey Mulligan est moins niaise que Mia Farrow, DiCaprio manque de charme mais a beaucoup de présence), et on se laisse porter par l’histoire. Autour de moi, les spectateurs semblaient enthousiasmés par le film, et la note de Rotten Tomatoes remonte un peu chaque jour (de 34%, elle est désormais passée à 50%).

Je suis ressortie de la salle sans avoir aimé ou détesté, mais une chose est sure : on est bien en-dessous du niveau de « Roméo + Juliette » et « Moulin Rouge ».


lundi 6 mai 2013

« Gatsby le magnifique » (1974) : les années folles

Titre original : « The Great Gatsby »

Le pitch : à Long Island après la première guerre mondiale, Nick Carraway (Sam Watertown) est voisin du mystérieux Jay Gatsby (Robert Redford) qui organise des fêtes somptueuses dans son immense résidence. Gatsby n’arrive pas à oublier Daisy (Mia Farrow), rencontrée lorsqu’il était soldat. 
Avec la sortir imminente (J-4) en salles du « Gatsby » de Baz Luhrmann, il était temps de faire une séance de rattrapage du classique mettant en scène Robert Redford et Mia Farrow, qui est parait-il fidèle au roman de F. Scott Fitzgerald.

Il est toujours intéressant de voir comment les films vieillissent : à sa sortie en 1974, « Gatsby le magnifique » avait été accueilli fraichement par les critiques ; le score rétroactif de Rotten Tomatoes est de 34%. Pour vous donner une idée du niveau de médiocrité, c’est un score équivalent à « Butter » avec Jennifer Garner, ou « The Guilt Trip » avec Barbara Streisand et Seth Rogen.

On peut comprendre que « Gatsby » soit néanmoins resté dans les esprits : la popularité du roman de Fitzgerald, Coppola au scenario, une adaptation très soignée, des décors opulents, et un Robert Redford à son apogée. Malgré ces atouts, le film déçoit : trop lent, trop superficiel. Apres 2 heures d’ennui, seules les 20 dernières minutes présentent des rebondissements intéressants.

Il semblerait que le film ait été victime d’une série de tensions et désaccords : le choix de Mia Farrow, niaise et agaçante dans le rôle de Daisy, a été fait par défaut suite au divorce de Robert Evans et Ali McGraw (Evans avait acheté les droits du films pour donner le rôle a sa femme) ; Farrow a déploré qu’elle n’arrivait pas a créer de l’alchimie avec Redford car il était trop absorbé par le scandale du Watergate ; et Coppola a déclaré que le film réalisé n’était clairement pas celui qu'il avait écrit.

La version de Baz Luhrmann ne donnera probablement pas beaucoup plus de profondeur aux personnages, mais on peut compter sur le réalisateur australien pour lui donner plus de dynamisme. Je doute cependant que Leonardo DiCaprio puisse égaler Robert Redford.

Un film pas désagréable, mais pas non plus indispensable.


jeudi 2 mai 2013

« Bridegroom » (2013) : Roméo et Roméo

Le pitch : Shane et Tom se rencontrent en Californie, tombent amoureux, emménagent ensemble, jusqu’au jour ou Tom fait une chute mortelle. Parce qu’il n’est pas de la « famille », Shane perd tous ses droits : celui d’aller voir Tom sur son lit d’hôpital, puis celui d’assister à ses funérailles.

« Bridegroom » a gagné le prix du public du meilleur documentaire au festival de Tribeca, où il a été présenté en avant-première par Bill Clinton. Ce choix n’est pas anodin : « Bridegroom » est ouvertement un film militant, dont le calendrier est conçu pour coller au plus près avec la saisie du dossier du mariage gay par la Cour Suprême.

« Bridegroom » nous raconte donc la vie de deux garçons de leur enfance à leur vie ensemble, au travers de vidéos tournées par Shane (il tenait un journal intime vidéo, et pendant les Q&A la réalisatrice a plaisanté sur le fait qu’il y avait plus d’archives sur ce film que sur la première campagne de Bill Clinton) ainsi que d’interviews menées récemment avec famille et amis de Shane et Tom.

J’ai pris un peu de temps à rentrer dans l’histoire en raison du style amateur / petit budget du documentaire : la police du générique de début, les premières images et les interviews sur fond noir ne font pas très professionnelles. De plus, j’étais méfiante de cette histoire centrée autour d’un jeune homme (le défunt Tom) qui semble trop parfait pour être vrai.

Mais très vite, j’ai été submergée par le sujet, comme le reste de la salle. A la moitié du film, il n’y avait plus un seul œil sec autour de moi, y compris le monsieur de 50 ans à ma droite. Impossible de rester insensible à cette grande histoire d’amour brisée bien trop tôt. Même l’arrière-grand-mère de Shane nous dit : « ce n’est pas Roméo et Juliette, c’est Roméo et Roméo et il va falloir vous y faire ! ». Pendant le débat ayant suivi le film, la réalisatrice a dit qu’elle voulait donner aux homosexuels leur grande histoire d’amour dans la lignée de « Love Story ».

La réalisatrice a cherché à démontrer comment les mentalités peuvent changer en filmant l’évolution du père de Shane, d’abord fortement opposé à l’orientation sexuelle de son fils avant que le deuil de Shane ne lui ouvre les yeux. De ses propres mots, elle a néanmoins échoué dans sa tentative de faire de « Bridegroom » un film de rédemption : les parents de Tom ont refusé de témoigner, et se sont complètement fermés à Shane.

Le chemin parcouru par Shane en deux ans est exceptionnel. Apres un travail de deuil difficile, il a décidé de se battre pour que sa situation ne se reproduise plus. Il a été invité à témoigner sur de nombreuses chaines de télévision, et est désormais actif à Washington DC.

Par ailleurs, ce documentaire est une fois de plus la preuve que le crowdsourcing est en train de changer la donne au cinéma : il a été financé via Kickstarter, tout comme « Our Nixon », l’adaptation cinéma de « Veronica Mars », et le nouveau projet de Zach Braff.

« Bridegroom » est de loin mon film préféré vu à Tribeca cette année. Grace aux 25000 dollars du prix du public et le buzz de l’intervention de Bill Clinton, il devrait arriver bientôt sur vos écrans. Préparez vos mouchoirs.



lundi 29 avril 2013

« The Rocket » (2013) : nouvelle chance

Le pitch : Ahlo (Sitthiphon Disamoe) est considéré comme un enfant maudit par sa tribu. En tant que jumeau, il n’aurait pas dû avoir le droit de vivre. Quand sa famille est forcée à quitter leur village du Laos, un voyage éprouvant commence mais Ahlo y voit une opportunité de rompre le mauvais sort. 


« The Rocket », petit film australien tourné au Laos, a tout raflé au festival de Tribeca : meilleur film, meilleur acteur pour le jeune Sitthiphon Disamoe, et prix du public. Un succès qui lui permettra probablement d’être distribué en salles dans les mois à venir.

Il est facile de voir pourquoi ce film a séduit à la fois le jury et le public : c’est un outsider touchant, drôle et original. Impossible de ne pas voir le parallèle avec « Beasts of the Southern Wild », qui avait fait un beau parcours dans les festivals avant de recueillir un bouche-à-oreille positif de la part du public : l’enfant aux pouvoirs quasi-surnaturels, la mythologie et les traditions, le drame écologique, la mère disparue… On y parle aussi des séquelles de la guerre : les forêts du Laos sont parsemées de missiles américains qui ne demandent qu’à exploser, et que les tribus locales appellent poétiquement « sleeping tigers ».

Dans ses défauts également, « The Rocket » me fait penser à « Beasts of the Southern Wild ». La narration manque parfois de rythme, et plus de la moitié du film s’écoule avant que l’on ne comprenne le titre (j’ai passé tout ce temps à chercher désespérément la métaphore). Comme « Beasts », on n’est pas face au film le plus marquant de l’année, mais on passe néanmoins un très bon moment.

Un film au grand cœur, à voir !


vendredi 26 avril 2013

Tribeca Talks - Directors Series 2013 : Jay Roach et Ben Stiller

Le festival de Tribeca a pour tradition de laisser la parole aux réalisateurs pour des débats qui sont toujours de grande qualité. Cette fois, Jay Roach et Ben Stiller étaient sur scène pour parler de leurs collaborations passées et du cinéma en général. Ben Stiller était supposé prendre le rôle du modérateur / interviewer, mais il s’agissait davantage d’un échange. Jay Roach est un réalisateur pour le moins éclectique : vous ne connaissez peut-être pas son nom, mais il est à la fois le réalisateur de « Mon beau-père et moi » et de « Game Change ».

Les deux hommes n’ont pas pu s’empêcher de commencer par un petit sketch en arrivant sur scène : après un gros blanc, ils ont joué la carte du malentendu sur qui devait conduire l’interview (Stiller : « je croyais que c'était ‘Un après-midi avec Ben Stiller’ ? »).

Pour un compte-rendu plus détaillé, je vous renvoie à cet article détaillant les 10 points clés des 1h30 de discussion, et ne m’attarderai que sur le point qui m’a le plus intéressée : la question des critiques, qu’elles soient de la part des spectateurs ou de la presse.

Roach et Stiller ont tous deux expliqué qu’ils avaient dû se distancier des critiques spectateurs et presse, car il est difficile de plaire à tout le monde sans perdre son propre univers. Concernant les projections test, ils ont tous les deux eu la dent dure : Roach a déclaré que c’est « un certain public de gens qui n’ont rien à faire trouvés dans les centres commerciaux » qui vont aux projections test (ce n’est pas complètement faux), et Ben Stiller en a profité pour railler le New Jersey – un sport local pour tout New-Yorkais qui se respecte. Stiller a en effet dit que « Zoolander » recevait de bons échos en projections test, jusqu’à ce que son producteur lui demande de projeter dans le New Jersey pour voir s’ils comprennent (et là, nous dit Stiller, le score du film est descendu de 15 points). Ben Stiller a aussi dit qu’il avait arrêté de lire les critiques presse, car « quand on croit les bonnes, il faut aussi croire les mauvaises ». Les deux hommes ont toutefois exprimé leur tristesse suite à la disparition de Roger Ebert, qui avait écrit une critique très dure envers « Zoolander ». Stiller a révélé qu’Ebert lui avait présenté ses excuses dans les coulisses du « Tonight Show » des années plus tard ; la réponse de Stiller fut « merci de me le dire dans les coulisses du Tonight Show » (sous-entendu, plutôt qu'en public !).

Pour la vidéo complète de la discussion, c’est par ici. Un très bon débat !

mercredi 24 avril 2013

« Trust Me » (2013) : agence tous risques

 Le pitch : un agent pour jeunes acteurs (Clark Gregg), lui-même ancien enfant star, peine à décrocher des contrats face à la concurrence acharnée de son ennemi juré Aldo Shocklee (Sam Rockwell). C’est alors qu’il raconte la très talentueuse Lydia (Saxon Sharbino) qui est pressentie pour une trilogie vampires « young adult » réalisée par Ang Lee. 

Deux heures après « Sunlight Jr. », j’ai enchaîné avec une autre avant-première mondiale présentée au festival de cinéma de Tribeca : « Trust Me » est sorti de post-production 10 jours avant cette projection.

En sortant du misérabilisme de « Sunlight Jr. », « Trust Me » est particulièrement rafraîchissant et divertissant. Il s’agit d’une comédie noire aux répliques bien senties et acteurs savamment choisis. Clark Gregg a expliqué en introduction du film qu’il avait fait appel à ses copains pour faire le film, et qu’ils a de bons copains. Difficile de le contredire sur ce point, puisque son petit film entre copains rassemble Amanda Peet, Sam Rockwell, William H. Macy, Felicity Huffman, Allison Janney et bien d’autres acteurs talentueux. La jeune Saxon Sharbino est une vraie révélation, avec un mélange d'intensité et de candeur rappelant Dakota Fanning.

Clark Gregg signe une première moitié de film très maîtrisée, avec des blagues sur le milieu des castings et enfants stars bien senties. Il trébuche lorsqu’il se lance dans un élément d’intrigue particulièrement sombre, et ne se remet jamais de ce « twist » : la fin improbable du film laisse les spectateurs sur leur faim. 

Et pourtant, en sortant de la salle, j’ai attribué une note de 4 sur 5 au film (le public de Tribeca vote pour le « Heineken Audience Award »). J’avais deux circonstances atténuantes : la débâcle de « Sunlight Jr. » quelques heures plus tôt, et le fait qu’une grande partie du casting était présente sur scène pour parler du film avec enthousiasme et humour. 

Au-delà de mes circonstances atténuantes, il faut ajouter que « Trust Me » a une énergie communicative. Malgré les faiblesses du scénario, je ne me suis pas ennuyée à un seul moment, et c’est un film que j’ai envie de recommander. Je ne suis apparemment pas la seule, puisque le film a fait un bon buzz auprès du public à Tribeca (les critiques sont plus partagées).

J’hésite entre 2 et 3 étoiles, mais quoi qu’il en soit, « Trust Me » est une curiosité à découvrir !